Il y a cinquante ans, l’industrie du sucre finançait la recherche minimisant son effet sur la santé

22 mars 2017 Mis à jour: 24 mars 2017

Ce n’est un secret pour personne que l’industrie agroalimentaire finance constamment la recherche  scientifique pour qu’elle conclut quasi-invariablement en sa faveur. C’est une tactique courante utilisée par les compagnies du chocolat, les producteurs de céréales, entre autres, pour générer des devises et les aider à réaliser leur agenda. Une découverte récente de documents vieux d’il y a près de 50 ans a néanmoins montré que cette pratique avait été employée par l’industrie du sucre pendant des décennies, produisant des résultats scientifiques sous influence concluant à un impact mineur du sucre sur la maladie cardiaque.

Révélés par un chercheur de l’université de San Francisco, ces documents montrent comment déjà dans les années 1960, l’industrie du sucre cherchait à combattre l’opinion selon laquelle les sucreries auraient joué un rôle dans le développement de la maladie cardiaque. Pour parer à cela, les scientifiques payés par la Sugar Research Foundation (l’actuelle Sugar Association) ont mis en avant l’idée que le gras était le principal coupable.

Une série de documents a maintenant été publiée dans JAMA Internal Medicine. Elle a montré comment une revue scientifique de 1967 traitant de l’impact du sucre sur la santé était financée par la Sugar Research Foundation (SRF), payant aux scientifiques de Harvard l’équivalent de 50 000 $ chacun pour porter le blâme de la maladie cardiovasculaire sur les acide gras saturés et complètement nier l’impact du sucre. Les sources ont montré comment la SRF influençait déjà les études scientifiques en 1962, les conduisant, les finançant, et utilisant les résultats avant qu’ils n’aient été effectivement publiés dans le New England Journal of Medicine.

En étudiant la publication de 1967 en détail, les chercheurs ont découvert que les scientifiques payés par l’industrie du sucre étaient bien plus critiques des études liant le sucre aux maladies cardiaques qu’ils ne l’étaient pour celles associant le cholestérol et le gras à cette condition. Dans un commentaire accompagnant l’article du JAMA Internal Medicine, un professeur de nutrition et de santé publique de l’université de New York, Marion Nestle, écrit que cette preuve « flinguante » met en lumière l’influence que ces industries ont eu sur la recherche.

« Ces documents laissent peu de doutes sur des publications financées par l’industrie dans l’intention d’arriver à une conclusion déterminée à l’avance », écrit Marion Nestle. « Les enquêteurs savaient ce qu’attendait leur commanditaire,  et ils l’ont produit. » Mais Marion Nestle ne s’arrête pas là, déclarant que ces pratiques sont loin d’appartenir à l’histoire. « Est-il vrai que les compagnies de l’agroalimentaire ont délibérément prévu de manipuler la recherche en leur faveur ? Oui, et cette pratique continue. »

Donc ,la prochaine fois que vous entendrez des études à propos de certains grands bénéfices pour la santé de tel aliment ou d’un certain nutriment, peut-être devriez chercher plus en profondeur quant à savoir qui a financé la recherche en premier lieu.

Version anglaise : Fifty Years Ago, The Sugar Industry Was Funding Research Downplaying Its Effect On Health

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