YouTube admet avoir supprimé des phrases anti-PCC et l’impute à une «erreur»

Par Petr Svab
27 mai 2020
Mis à jour: 13 août 2020

YouTube a admis avoir supprimé de sa section de commentaires certaines phrases chinoises critiques à l’égard du Parti communiste chinois (PCC).

« Cela semble être une erreur dans nos systèmes d’application, et nous enquêtons », a déclaré un porte-parole de YouTube à The Verge lors d’un reportage le 26 mai.

Lorsque le journal Epoch Times avait interrogé Google, propriétaire de YouTube, sur cette question une semaine auparavant, l’entreprise n’avait pas voulu admettre la suppression de commentaires, malgré les nombreuses preuves fournies.

La disparition des commentaires a été constatée le 13 mai par Jennifer Zeng, une blogueuse et créatrice de contenu YouTube axé sur l’actualité et les commentaires sur la Chine.

Elle a publié une vidéo d’une personne montrant la suppression de commentaires et d’autres ont confirmé l’observation. Le problème a également été rapporté par Taiwan News.

The Verge a constaté que certains utilisateurs s’en sont plaints dès octobre 2019 sur les pages d’aide officielles de YouTube.

Une phrase apparemment interdite est « gongfei » (共匪), qui peut être traduite par « truand communiste ». Elle semble remonter à l’époque de la guerre civile chinoise.

Une autre phrase qui a été supprimée est « wumao » (五毛), qui signifie littéralement « cinquante centimes », et est couramment utilisée pour décrire l’armée de trolls Internet que le PCC utilise pour diffuser sa propagande en ligne. On dit que les trolls étaient payés environ 50 cents par post.

Epoch Times a testé les deux phrases à plusieurs reprises sous différents comptes YouTube et différentes vidéos, obtenant toujours le même résultat – les commentaires étaient supprimés en 20 secondes environ.

Le représentant Jim Banks (Républicain-Indiana) a interrogé Google sur la suppression des commentaires dans une lettre du 26 mai, lui demandant de « mettre en lumière laquelle des politiques de Google permettrait de bloquer les critiques de la division de la propagande Internet du Parti communiste chinois, Wumao ».

Il a souligné que l’entreprise affirme d’une part qu’elle « ne peut pas contrôler les ventes d’opioïdes, la coordination terroriste ou les contenus illicites » et qu’elle a donc besoin de se protéger de la responsabilité des contenus des utilisateurs en vertu de la section 230 de la loi sur la décence des communications, mais d’autre part, l’entreprise a suffisamment de ressources pour « bloquer les critiques d’un régime brutal et dictatorial ».

Les logos de Google et de YouTube sont affichés à l’entrée des bureaux de Google à Los Angeles, Californie, le 21 novembre 2019. (Robyn Beck/AFP via Getty Images)

Connexion avec le PCC

Google a fait l’objet de nombreuses critiques pour s’être prétendument plié au PCC.

Depuis 2018, l’entreprise coopère avec un organisme de recherche en intelligence artificielle (IA) de premier plan à l’université de Tsinghua, une prestigieuse institution universitaire chinoise qui mène également des recherches en IA pour l’armée chinoise.

Google a également fait l’objet de critiques après qu’il a été révélé en 2018 qu’il développait secrètement une application de recherche censurée pour le marché chinois, dans le cadre d’un projet appelé « Dragonfly ».

Selon des informations d’initiés divulguées au magazine en ligne The Intercept, l’application Google a été conçue pour relier l’historique de recherche des utilisateurs avec leurs numéros de téléphone, ce qui permet au régime de cibler plus facilement les dissidents.

Les législateurs, les défenseurs des droits de l’homme et même certains employés de Google se sont prononcés contre ce projet, qui semble avoir été mis en veilleuse depuis.

Google a fait fonctionner une version censurée de son moteur de recherche en Chine de 2006 à 2010, mais s’est retiré après que la société a déclaré qu’une cyberattaque provenant de Chine avait ciblé les comptes de messagerie Google de dizaines de militants chinois des droits de l’homme.

Les violations du Parti communiste chinois

Selon les associations de surveillance et de défense des droits humains, le régime chinois est l’un des pires violateurs des droits de l’homme au monde. Au cours des dernières décennies, le régime a tué des centaines de milliers de prisonniers d’opinion pour vendre leurs organes à des fins de transplantation, sur la base de recherches approfondies menées depuis que les premières allégations de ce crime ont fait surface en 2006.

En 2019, un tribunal indépendant de Londres a conclu que le prélèvement forcé d’organes sur des prisonniers d’opinion, sanctionné par l’État, avait eu lieu pendant des années en Chine « à une échelle importante » et se poursuit encore aujourd’hui.

Le PCC gère le système de censure d’Internet le plus sophistiqué au monde, employant des dizaines de milliers de personnes pour supprimer manuellement des contenus et publier des messages et des commentaires négatifs ou positifs selon les instructions du régime.

Le régime exige des entreprises étrangères qui opèrent en Chine qu’elles censurent les sujets qu’il juge « sensibles », tels que la démocratie, les droits de l’homme et la persécution permanente des pratiquants de Falun Gong en Chine, des chrétiens de maisons, des Ouïghours, des militants des droits de l’homme et autres. Toutes les entreprises sont également obligées de partager avec le régime l’entièreté de leurs données stockées en Chine.

Le directeur général de Google, Sundar Pichai, a déclaré précédemment que l’entreprise avait investi en Chine pendant des années et qu’elle prévoyait de continuer à le faire.

L’administration Trump a mis l’accent sur la lutte contre le PCC, en particulier dans le secteur des technologies et du cyberespace.

« Nous devons nous assurer que nos entreprises ne concluent pas d’accords qui renforcent l’armée d’un concurrent ou resserrent l’emprise du régime sur la répression dans certaines parties de ce pays », a déclaré le secrétaire d’État Mike Pompeo en janvier.

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