Zéro Phyto 100% Bio

13 novembre 2016
Mis à jour: 13 novembre 2016

Guillaume Bodin, viticulteur de Saône et Loire, s’est découvert une vocation de réalisateur le jour où les autorités ont imposé le sulfatage de pesticides sur les terrains de sa région. Depuis, son engagement l’a porté à réaliser des films remarqués tels qu’Insecticide Mon Amour, qui résume une enquête de deux ans au sein du vignoble bourguignon. Zéro Phyto 100% bio, son prochain court-métrage, actuellement engagé dans une campagne de financement participatif, devrait sortir prochainement. Rencontre.

En 2013, vous avez développé des saignements de nez et d’autres symptômes suite à l’arrêté préfectoral imposant l’épandage d’insecticides… Le début d’une prise de conscience ?

Exactement, on était en plein milieu des traitements, avec mes collègues de travail, mes patrons, car il y avait eu une obligation d’effectuer ces traitements un peu partout dans le Mâconnais. Vous en avez peut-être entendu parler, un vigneron avait refusé de traiter ses vignes à cette époque-là et s’était retrouvé devant un tribunal. On respirait un peu de pesticides par défaut, vu qu’il y avait beaucoup de vent. À ce sujet, on a encore entendu parler ce matin à la radio de l’incident de l’école de Villeneuve en Gironde, où des enfants ont été intoxiqués aux pesticides. C’est un peu le même cas, on est victime du traitement des autres. C’est la raison pour laquelle j’ai pris la caméra.

Y a-t-il un manque de réaction des pouvoirs publics ?

Tout cela a fait l’objet d’études sérieuses par les pouvoirs publics français. Ces études ont établi le lien de cause à effet entre les pesticides et des maladies telles que Parkinson, Alzheimer, cancers… mais cela n’a pas fait la Une de la presse pour autant. Donc en fait nous savons tout sur les pesticides, mais cela a du mal à bouger. Il y a des associations comme Génération future qui se penchent sur ces sujets-là et qui tentent de faire avancer les choses. Mais d’un point de vue politique, cela n’avance pas bien vite.

Il y a bien quelques initiatives, comme Joël Labbé, sénateur du Morbihan, qui a fait bouger les choses sur l’arrêt des pesticides dans l’espace vert et voiries… C’est l’objet de mon prochain film, Zéro Phyto 100% bio, qui évoque une loi qui va être appliquée au premier janvier 2017.

Vous défendez les cantines bio et locales. Qu’apporteraient de telles transformations ?

Déjà, cela relocaliserait le travail. Si les gens doivent travailler des produits bruts et frais, des légumes, directement dans la cuisine de la cantine plutôt que de recevoir des plats tout préparés, cela fait travailler les gens sur place – c’est non négligeable. Après, il y a le fait d’éviter de donner des aliments porteurs de pesticides car l’on sait aujourd’hui que les produits frais mis en contact avec des pesticides à un moment donné en conservent des résidus.

Dernièrement, il y a eu une étude de Génération future qui citait l’exemple des mueslis, les céréales du petit déjeuner, qui contiennent ces résidus de pesticides. Les adultes ont un gros gabarit, mais les enfants sont beaucoup plus sensibles que nous, cela impacte leur croissance et leur santé. Du coup, utiliser des produits bio pour les faire grandir est beaucoup plus intéressant que d’utiliser des produits qui ont été en contact avec des produits chimiques.

Après, au niveau de la transformation et du goût, c’est aussi évident. Quand on travaille sur des produits frais de qualité et qu’on les transforme sur place, cela n’a pas le même goût que quand c’est fait dans une cuisine centrale, industrialisée.

On voit en France de plus en plus de terres qui s’épuisent sous l’effet de l’agriculture intensive. Qu’en pensez-vous?

D’importantes zones ont été désertifiées et on cherche un nouveau moyen de les rendre cultivables. À force d’avoir utilisé les engrais et les pesticides chimiques, évidemment, il y a eu une baisse assez importante de la production voire plus de production du tout. Je pense notamment à la Beauce, où l’on faisait du blé en grande s quantités pour produire du pain. C’était le « grenier de la France », c’est un petit peu dommage. À cause de l’industrialisation de l’agriculture, on a perdu au fur et à mesure la qualité qu’il y avait sur ces terres dans ces grands espaces, au-dessus de Paris.

Je ne veux pas faire de généralités, mais ces cas se représentent souvent. Pour avoir consulté un bon nombre d’études, on voit que les produits qui sortent de ces grandes cultures utilisant des produits chimiques depuis une trentaine d’années ont vraiment perdu de leur qualité et de leur rendement.

Faut-il inciter les agriculteurs à produire du bio, et si oui comment les aider à passer le cap ?

Cela passe par de la formation. Aujourd’hui, dans les formations agricoles, les cours se basent sur l’économie dans l’agriculture, bien que cela ne soit pas le cas partout. Cela dépend parfois du professeur, s’il soutient ou non l’agriculture écologique. Je suis passé par le lycée agricole, donc je sais de quoi je parle. Il y a une dizaine d’année, on ne parlait que du bout des lèvres de certaines pratiques relevant de l’agriculture biologique. La permaculture, on n’en parlait pas du tout. L’initiation à l’école permet de former les gens. Cependant, les industriels de l’agrochimie le savent aussi et du coup, ils essaient de faire passer un autre message.

D’où provient ce message ?

Les programmes sont décidés par le ministère de l’Agriculture. Graduellement, il y a un certain changement de vision et on se dirige vers l’agriculture biologique, car ils ont compris que cela devenait évident. Mais en ce qui concerne la conception des programmes qui arrivent dans les écoles, cela prend un peu de temps, et puis il peut y avoir des profs réticents… Avec eux, cela prendra plus de temps qu’avec les profs sortant des écoles et déjà convaincus par ces techniques. Les ministères, ce sont des machines, des navires, ça ne bouge pas facilement. Pour que les choses bougent sur le terrain et que des mesures soient réellement appliquées, cela pourrait bien prendre une vingtaine d’années.

Je pense que le changement viendra de la nouvelle génération. Les jeunes de moins de 30 ans sont les plus sensibilisés, pour beaucoup d’entre eux, les valeurs écologiques sont évidentes. C’est différent pour les personnes qui ont connu les 30 Glorieuses. À cette époque là, on a cru que les pesticides représentaient l’avenir, et donc toutes ces personnes-là ont plus de mal à bouger.

Vous avez voyagé dans plusieurs villes dans le centre de la France, dans le Nord, en Bretagne, à Paris… Quelles initiatives vous ont marqué ?

Il y en a beaucoup. Par exemple, à Mouans-Sartoux, au dessus de Cannes, il y a une cantine 100% bio adossée à une régie agricole qui produit une partie des légumes consommés par les enfants. Dans l’idée, il y a également dans le nord de la France, à Grande-Synthe , une ville entourée d’usines qui sont assez polluantes. Les habitants n’ont pas baissé les bras et depuis plus d’une dizaine d’année, ils ont crée des espaces pour que les gens se sentent bien, des jardins potagers au pied des immeubles, une ceinture verte tout autour de la ville pour la protéger. On pourrait aussi citer les cantines du Ve arrondissement à Paris qui servent 75% de plats bio et se fournissent directement chez les producteurs.

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